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DC1, DC2, DUME, ATTRI1, DCE, RC, CCAP, CCTP : le lexique complet des documents d'un marché public

DCE, RC, CCAP, CCTP, DUME, DC1, DC2, ATTRI1, BPU, DQE, DPGF : à quoi sert chaque document d'un marché public, qui le fournit, quand il est obligatoire. Le lexique de référence pour PME.

Un avis de marché public s'ouvre souvent sur une liste de pièces jointes qui ressemble à un test de patience : DCE, RC, CCAP, CCTP, AAPC, parfois un DUME, parfois un couple DC1/DC2, et à la fin, un ATTRI1 à signer. Face à cet empilement de sigles, beaucoup de dirigeants de PME renoncent avant même d'avoir ouvert le premier fichier.

C'est une erreur de perspective. Ce jargon n'est pas conçu pour décourager les petites entreprises, il découle simplement d'une administration qui nomme chaque document selon sa fonction juridique précise. Une fois la logique comprise, la liste se lit en cinq minutes : certains documents sont fournis par l'acheteur et se contentent d'être lus, d'autres sont à remplir, un seul doit être signé. Ce lexique reprend chaque pièce, une par une, avec sa fonction, son émetteur et le moment où elle devient obligatoire.

Pourquoi cette liste n'a rien d'insurmontable

Deux logiques suffisent à ranger tous ces documents. La première : qui les produit. Certains viennent de l'acheteur public et composent le dossier que vous recevez — c'est le cas du DCE, du RC, du CCAP, du CCTP, de l'AAPC. D'autres sont à produire par vous, l'entreprise candidate — le DUME ou les DC1/DC2, le mémoire technique, et selon les cas le BPU, le DQE ou la DPGF. Un seul document scelle juridiquement le contrat des deux côtés : l'ATTRI1, l'acte d'engagement.

La seconde logique : le rôle. Certains documents expliquent la procédure (RC), d'autres décrivent le besoin technique (CCTP), d'autres fixent les règles contractuelles (CCAP), d'autres enfin prouvent que vous avez la capacité de répondre (DUME, DC1/DC2) ou chiffrent votre offre (BPU, DQE, DPGF). Gardez ces deux grilles de lecture en tête et la liste cesse d'être une masse indistincte de lettres.

Le tableau récapitulatif

Document Rôle Fourni par Obligatoire si...
AAPC (avis d'appel public à la concurrence) Annonce publique du marché : objet, montant estimé, date limite, lieu de dépôt L'acheteur public Systématiquement au-dessus de 90 000 € HT (publication BOAMP), et au-dessus du seuil européen (publication TED)
DCE (dossier de consultation des entreprises) Le dossier complet à télécharger, qui regroupe RC, CCAP, CCTP et annexes L'acheteur public Systématiquement, dès qu'il y a une procédure formalisée ou adaptée avec publicité
RC (règlement de consultation) Le mode d'emploi de la procédure : pièces à fournir, critères de notation, date et modalités de dépôt L'acheteur public Systématiquement inclus dans le DCE
CCAP (cahier des clauses administratives particulières) Les règles contractuelles : délais, pénalités, modalités de paiement, résiliation L'acheteur public Systématiquement inclus dans le DCE
CCTP (cahier des clauses techniques particulières) La description technique précise du besoin : ce qui doit être livré ou réalisé L'acheteur public Systématiquement inclus dans le DCE
DUME (document unique de marché européen) Auto-déclaration numérique de vos capacités et de votre absence d'exclusion Vous, via dume.chorus-pro.gouv.fr Le plus souvent proposé en alternative aux DC1/DC2, parfois exigé explicitement par le RC
DC1 Lettre de candidature, identifie le candidat ou le groupement Vous, formulaire type Cerfa Si le RC le demande explicitement à la place ou en complément du DUME
DC2 Déclaration du candidat : chiffre d'affaires, effectifs, références, capacités Vous, formulaire type Cerfa Si le RC le demande explicitement à la place ou en complément du DUME
ATTRI1 Acte d'engagement : l'offre chiffrée et signée qui engage juridiquement les deux parties Vous, à partir d'un modèle souvent fourni dans le DCE Systématiquement, c'est la pièce qui rend le contrat exécutoire
BPU (bordereau des prix unitaires) Liste de prix unitaires par prestation, utilisée en marché à bons de commande Vous, sur un cadre fourni par l'acheteur Si le marché fonctionne en prix unitaires (quantités non figées à l'avance)
DQE (détail quantitatif estimatif) Estimation des quantités appliquée au BPU, donne un montant total indicatif Vous, à partir des quantités indiquées par l'acheteur Toujours couplé à un BPU, quand le marché en comporte un
DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) Détail du prix par poste, dans un marché où le prix global est fixe Vous, sur un cadre fourni par l'acheteur Si le marché est forfaitaire, très fréquent en BTP (lot unique à prix fermé)
Mémoire technique Démonstration de votre méthode, vos moyens et votre compréhension du besoin Vous, rédigé librement selon les attentes du RC Quasi systématique dès que la valeur technique entre dans la notation

Les documents fournis par l'acheteur

AAPC : l'avis qui déclenche tout

L'avis d'appel public à la concurrence est le point d'entrée. C'est ce document, publié sur le BOAMP au-dessus de 90 000 € HT ou sur le TED au-dessus du seuil européen (5 538 000 € HT pour les travaux en 2026), qui vous informe qu'un marché existe. Il tient en une page : objet, code CPV, montant estimé, procédure retenue, date limite de dépôt, lien vers le DCE complet. C'est un résumé, pas un dossier — il ne suffit jamais à candidater, il faut toujours aller chercher le DCE derrière.

DCE : la boîte à outils complète

Le dossier de consultation des entreprises est le fichier zippé (ou l'ensemble de fichiers) que l'acheteur met à disposition. Il regroupe systématiquement le RC, le CCAP, le CCTP, et souvent des annexes : plans, DPGF ou BPU vierges à compléter, cadre de mémoire technique, cadre de DUME préremplissable. Télécharger le DCE dans son intégralité, avant même de décider si vous répondez, reste le premier réflexe : c'est là que se trouvent les vraies contraintes du marché, pas dans le résumé de l'AAPC.

RC : le mode d'emploi de la procédure

Le règlement de consultation est le document le plus stratégique du DCE, et pourtant le moins lu avec attention. Il liste précisément les pièces à fournir dans votre candidature, la date et l'heure limites de dépôt, le format attendu, et surtout la grille de notation : pondération du prix, de la valeur technique, des critères RSE le cas échéant. Une candidature complète mais qui ignore une exigence formelle du RC (pièce manquante, format non respecté) peut être écartée avant même d'être notée sur le fond.

CCAP et CCTP : ce qui engage juridiquement et techniquement

Le CCAP fixe les règles du contrat : conditions de paiement, pénalités de retard, modalités de révision de prix, conditions de résiliation. Le CCTP décrit le besoin technique dans le détail : spécifications, normes à respecter, prestations attendues poste par poste. Ensemble, ces deux documents deviennent, une fois le marché attribué, la référence juridique et technique du contrat en cas de litige. Les lire intégralement avant de chiffrer une offre évite les mauvaises surprises en cours d'exécution — une pénalité de retard mal anticipée peut effacer une marge entière.

Les documents que vous devez produire

DUME : le document unique qui remplace (presque) tout

Le DUME centralise en un seul fichier numérique ce qui, avant lui, nécessitait plusieurs formulaires séparés : identité de l'entreprise, chiffre d'affaires des trois dernières années, effectifs, références, déclarations sur l'honneur (absence de condamnation, régularité fiscale et sociale), certifications professionnelles (Qualibat, RGE, ISO). Il se crée gratuitement sur dume.chorus-pro.gouv.fr et, une fois complété la première fois, se réutilise et s'actualise d'un marché à l'autre sans tout ressaisir. C'est aujourd'hui la voie la plus rapide pour candidater à répétition.

Astuce : préparez votre DUME une fois pour toutes, en dehors de toute urgence de dépôt, puis mettez-le à jour trimestriellement (nouveau CA, nouvelle référence, certification renouvelée). Le jour où Cyrus signale un marché qui correspond à votre activité, la candidature se limite alors à l'actualiser en quelques minutes, pas à la reconstruire depuis zéro.

DC1 et DC2 : les anciens formulaires, encore parfois demandés

Avant le DUME, la candidature reposait sur deux formulaires Cerfa distincts : le DC1, lettre de candidature qui identifie le candidat ou le groupement, et le DC2, déclaration détaillée du candidat (chiffre d'affaires, effectifs, références, capacités techniques et financières). Le DUME les a largement remplacés, mais certains règlements de consultation continuent de les exiger, parfois en complément du DUME, parfois à sa place, notamment chez des acheteurs publics de taille modeste dont les habitudes de rédaction n'ont pas encore basculé. Le RC indique toujours explicitement lequel des deux formats est attendu — en cas de doute, un appel au service marchés de l'acheteur lève l'ambiguïté en cinq minutes.

ATTRI1 : l'acte d'engagement, la seule pièce qui doit être signée

L'ATTRI1 est le document qui transforme une offre en contrat. Il reprend votre prix, les délais que vous vous engagez à tenir, votre identité juridique complète, et se conclut par une signature. C'est la seule pièce du dossier de candidature où la signature électronique est réellement décisive : au-dessus de 25 000 € HT, elle doit être qualifiée au sens du règlement eIDAS, via un certificat qui coûte environ 80 € par an. Une offre non signée, ou signée avec un certificat non conforme, peut être rejetée alors même que le prix et la technique auraient suffi à gagner.

Erreur fréquente : attendre le dernier jour pour vérifier la validité du certificat de signature électronique. Un certificat expiré ou un format de signature non reconnu par la plateforme de dépôt bloque l'envoi au moment où il n'y a plus de temps pour réagir. Vérifiez ce point dès l'ouverture du dossier, pas la veille de la date limite.

BPU, DQE, DPGF : les trois façons de chiffrer une offre

Ces trois documents ne coexistent jamais dans un même marché, ils correspondent à des logiques de prix différentes. Le BPU liste des prix unitaires par prestation (le mètre carré de nettoyage, l'heure d'intervention, la tonne évacuée), typique des marchés à bons de commande où les quantités réelles ne sont connues qu'au fil de l'exécution. Le DQE applique une estimation de quantités à ce BPU pour obtenir un montant total indicatif, utile à l'acheteur pour comparer les offres entre elles sans engager les quantités réelles. La DPGF s'utilise à l'inverse dans un marché forfaitaire, très répandu en BTP sur les lots à prix fermé : elle détaille comment le prix global se répartit entre les postes (terrassement, gros œuvre, second œuvre), sans que ce détail change le montant final dû. Se tromper de logique de prix en répondant — proposer un DPGF là où un BPU/DQE est attendu — fait généralement l'objet d'un rejet automatique par la plateforme de dépôt.

Mémoire technique : la pièce libre qui pèse le plus

Le mémoire technique ne fait pas partie du DCE : c'est vous qui le rédigez, en réponse aux attentes détaillées dans le RC ou le CCTP. Il mérite un traitement à part entière — Marchey lui a consacré un article dédié — mais dans ce lexique, il faut surtout retenir qu'il pèse en général autant, sinon plus, que le prix dans la note finale dès que la valeur technique entre dans les critères d'attribution.

Dans quel ordre les préparer

L'ordre de traitement suit la logique du dossier plutôt que l'ordre alphabétique des sigles. D'abord, lire le RC en entier pour connaître les pièces exigées et la date limite. Ensuite, ouvrir le CCTP pour comprendre le besoin technique et vérifier que votre entreprise peut réellement y répondre. Puis préparer en parallèle le DUME (ou DC1/DC2 si demandé) — souvent déjà à jour si vous l'avez maintenu à jour trimestriellement — et le chiffrage (BPU/DQE ou DPGF selon le type de marché), en s'appuyant sur le CCAP pour les conditions financières. Le mémoire technique se rédige en dernier, une fois le chiffrage stabilisé, car il doit rester cohérent avec l'offre chiffrée. L'ATTRI1 vient toujours en tout dernier : c'est la synthèse signée de tout ce qui précède, jamais un document de travail.

Ce qu'il faut retenir

Sur les treize documents de ce lexique, quatre viennent systématiquement de l'acheteur et se lisent (AAPC, DCE, RC, CCAP/CCTP), un centralise vos preuves de capacité (DUME, ou DC1/DC2 en alternative), deux ou trois chiffrent votre offre selon le type de marché (BPU/DQE ou DPGF), un démontre votre méthode (mémoire technique), et un seul engage juridiquement le contrat par une signature (ATTRI1). Une fois cette carte en tête, ouvrir un DCE cesse d'être intimidant — il ne reste qu'à vérifier, marché après marché, quelles pièces le RC exige réellement.

C'est précisément ce que Cyrus fait en amont pour vous : en filtrant les avis du BOAMP et du TED par pertinence sémantique avant de les noter sur 10, il vous évite d'ouvrir des dizaines de DCE pour des marchés hors cible. Il ne reste alors qu'à dérouler ce lexique sur les dossiers qui comptent vraiment.